Archives de septembre 2005

Dramaton

Il y a les résignées. Le premier qui leur a fait le sourire a atteint leur coeur. Ce dernier bonhomme, dépuceleur d’un continent entier, est assez en point. Les mains grassouillettes, quelques timides poils noirs, une chaîne autour du cou ou le bracelet plaqué-or de sa communion au poignet. Il sent bon le parfum, mais ses cheveux mal rincés trompent son hygiène parfaite. Il était l’homme de la région, reconnu comme tel par son meilleur ami. Elle l’a rencontré lors d’une soirée chez une ancienne copine de l’école. On ne sait toujours pas ce qu’il faisait là, et elle ne sait pas pourquoi elle avait envie d’y aller. Là repose la magie fondatrice de leur rencontre.

Tout en sensualité dans le regard. L’oeuil du conquérant avait repéré la vierge en elle, la naïve en mal d’amour, celle qui pleure pour se sentir souffrir. Elle désespérait de ce regard qu’elle avait accroché une seconde, et veillait à son retour. Subtil, l’homme ne regardait pas, laissait s’aventurer en sa détresse la malheureuse: même lui, ce bellâtre gras, descendant inhibé de la série télévisée à la mode une décade plus tôt, lui, “se détournait de moi”. Tireur d’élite, l’homme perçoit son pic de souffrance à temps et saisit le danger de laisser retomber dans l’autre versant sa future copine. Une fois la résignation entamée, elle se fermerait en effet, et serait hors d’atteinte.

Il l’a regardée une seconde fois, et le hasard les a réuni. Le soir même les deux puceaux sont dans les bras l’un de l’autre, s’inventent des idéaux, et y mêlent la politique pour s’inscrire dans le couloir des futurs gens réfléchis.

Ils sont amants une année. Sont fiancés l’année suivante. Mariés avec enfants dans les cinq années. S’aimant par nécessité. Ils ont réalisé le modèle magnifique. Ils se croient modèles mais ne sont que des soufflets. Il n’y a qu’à eux qu’on n’a pas dit.

ceci est une fiction