Archives de janvier 2007

Le bon ennemi

Tout dire

Le dialogue peut nuire. Vous parlez tellement que l’autre est envahi. Vous vous lancez dans des explications en répondant vous-même aux questions.

Tout se complique.

Vous parlez, tourmentez votre tête, alimentez votre bouche de mots, déversez un flot de paroles. Un flux interminable, déstructuré. Votre interlucteur n’est qu’un récepteur.

Vous déchargez. Votre conscience se vide, se déculpabilise. Vous vous convainquez d’affirmer votre bonne foi. Vous enchaînez l’autre par l’intelligence.

Il devient l’esclave de votre intelligence. N’a de réponse à fournir, vous les fournissez avant qu’il n’ai eu le temps de vous écouter. Bloqué, retranché, acculé.

L’ennemi du dialogue, c’est souvent celui qui veut le créer.

Union Atlantique Nord

Deux êtres, même bain mais de l'eau entre eux

Une hérésie? Vraiment?

Le NYSE, connu en tant que Bourse de New York, vient de mettre la main sur Euronext, “Plateforme boursière européenne”. En conséquence de quoi naît un nouvel acteur transatlantique complètement fascinant, car il évolue en temps réel en faisant abstraction de la distance. Les Européens détiennent un pouvoir décisionnel important dans le nouvel ensemble.

Lors de mon voyage en Irlande, le vieux monsieur chez qui je résidais m’a dit que lorsque la question de l’adhésion à l’Union Européenne avait été posée, certains s’étaient prononcés en faveur d’un rattachement de leur république aux Etats-Unis. Stupéfiant, mais vrai cependant.

Serait-il possible qu’un jour soit créé un gouvernement commun, aux structures inévitablement complexes, entre l’Union Européenne et les Etats-Unis? L’idée est moins farfelue qu’elle n’y paraît.

Vous me servirez les contre-arguments normaux à cette hypothèse étrange. Mais regardons le monde tel qu’il évolue. Outre la malheureuse Afrique, exclue d’office de la mondialisation, plusieurs pôles se dégagent. Prenons l’exemple des zones économiques (libre-échange, douanes…). L’Amérique du Sud a Mercosur, l’Asie du Sud-Est (Singapour, Malaisie, Thailande, Indonésie…) a Asean, la Chine émerge, l’Inde également. Chacune de ces zones rassemble environ un milliard d’habitants, et leur poids politique va croissant avec leur importance économique.

Il va de soit que l’unilatéralisme américain n’est plus crédible, et que dans vingt ans ce pays devenu moins significatif à l’échelle mondiale ne pourra plus prétendre à son hégémonie actuelle. Et l’allié logique est l’Union Européenne. Les marchés sont sensiblement les mêmes, la culture se comporte globalement de la même manière, et les ancêtres sont communs. Gardons bien l’échelle globale en tête. En effet, d’aucuns lancerons des objections telles que “non, notre culture n’est pas aussi libérale, leur presse est anti-européenne, etc.” Ce qui, en soit, est parfaitement ridicule. Pareilles affirmations relèvent plus de l’ignorance que de la connaissance, et j’invite ces “d’aucuns” à élargir leurs sources.

Entendons-nous bien, il ne s’agirait pas pour les Américains de ne plus en être, ou pour les Français de renoncer à leur vin. Il s’agirait d’une structure décisionnelle commune en matière de politique économique (et monétaire, en alignant les deux monnaies?), de politique énergétique et environnementale, de politique internationale et de sécurité des frontières de cet espace commun. Dans un premier temps du moins. L’ensemble regrouperait environ 700 millions d’habitants, et aurait des positions géostratégiques de choix dans le monde (frontières Moyen-Orient, Russie, Amérique du Sud).

Evidemment, les structures décisionnelles internationales, nationales, régionales, communautaires actuelles ne sont plus tenables. Trop de pouvoirs de décision nuisent à la décision. En prenant soin de garder les identités culturelles fortes de chacune des nations constituantes, tout en simplifiant les structures, il est très possible de construire quelque chose de cohérent.

Le modèle belge, à cet égard, reprend des concepts intéressants. Les communautés linguistiques, les communautés culturelles, les régions économiques et un acteur central fédéral. Même si, dans un modèle global, l’Etat fédéral belge n’existerait certainement plus car superflu…

Quant aux opinions publiques, elles n’auront peut-être pas le choix. Appartenir à un ensemble crédible est une garantie d’intégrité territoriale. Les velleités actuelles sur des questions capitales telles que l’énergie en sont un exemple criant. Revenir aux Etats-Nations n’est pratiquement pas possible, à moins d’un effondrement de notre civilisation. Un tel ensemble, s’il est bien pensé, permettrait à chacun de conserver son identité culturelle tout vivant dans un espace stable et intègre. Un moindre mal.

J’écarte d’office les questions ayant trait au capitalisme excessif, à l’immigration, etc. car ce n’est pas le sujet. Je ne suggère en effet aucune orientation politique dans ce texte, mais je m’interroge sur la capacité qu’ont les structures actuelles à intégrer les contraintes d’un nouvel ordre global. Les structures créées, c’est aux responsables politiques, et intrinsèquement aux citoyens, qu’il revient la responsabilité de les utiliser en regard de leur vision du monde.

Bi-Occident.

Fête de la Nation

Quand en 1777 les Etats-Unis créent la première Constitution de l’Histoire, ils ont à eux un pays neuf. Des terres à conquérir, quelques indiens à exterminer, et un horizon vierge. Les clivages sociaux sont réduits au minimum, et chacun, pour peu qu’il soit entreprenant, peu vivre de sa créativité. Le rêve américain, le tout possible. La Constitution consacre la liberté comme valeur.

En 1791, lors de la rédaction de la Constitution française, les révolutionnaires imposent la rupture. Le passé dont le pays est imprégné est synonyme d’inégalité, d’injustice, de fatalité. Table rase de tout cela: la première phrase du texte est exceptionnelle par la destruction qu’elle implique. Il n’y aura plus de noblesse, plus de clergé… Ensuite seulement, le Citoyen pourra émerger.

D’un côté, une histoire à créer. De l’autre, une histoire à recréer. D’un côté, des espaces à conquérir. De l’autre, des symboles à détruire. D’un côté, une identité naturelle. De l’autre, une identité à redéfinir.

Si les Américains sont des Européens d’origine, ils se sont appropriés un nouveau territoire où leurs idées pouvaient se réaliser librement. Librement: sans aucune autre contrainte que les règles qu’ils venaient eux-mêmes d’établir. Les révolutionnaires se confrontaient eux à des symboles puissants, ancrés dans chaque foyer, érigés dans chaque ville.

Etre Américain, c’est se dire que tout est possible, c’est être conquérant. Etre Européen, c’est vivre avec son histoire et se remettre en question.

Sur le sujet il existe notamment le livre de Louis de Bonald “Théorie du pouvoir politique et religieux”, livre III, 1796.

Michel Houellebecq: Kiki! Kiki!

Retournerai-je en discothèque?
Cela me paraît peu probable;
A quoi bon de nouveaux échecs?
Je préfère pisser sur le sable

Et tendre ma petite quéquette
Dans le vent frais de Tunisie
Il y a des Hongroises à lunettes
Et je me branle par courtoisie.

Je plaisante au bord du suicide
Comme un fil près d’un trou d’aiguille
Et si j’étais un peu lucide
Je sauterais toutes les filles

Et je ferais n’importe quoi
Pour passer au moins une nuit
Pour arracher un peu de joie
Auprès de ces corps qui s’enfuient

Mon sexe est toujours là, il gonfle
Je le retrouve entre les draps
Comme un vieil animal, il ronfle
Quand je réutilise mon bras

Que ma main connaît bien mon sexe!
Ce sont de très anciens rapports
Rien ne la fâche, rien ne la vexe,
Ma main me conduit à la mort.

Je me masturbe au Martini
En attendant demain matin
Je sais très bien que c’est fini,
Mais je ne comprends pas la fin

Et tout seul, dans la nuit, je bande
Autour d’un halo de douceur
J’ai envie de poser ma viande;
Je me réveille, je suis en pleurs.

Houellebecq a le talent d’écrire avec des flèches le désespoir de bon nombre d’hommes. Ce vécu, beaucoup d’entre eux l’ont expérimenté. Que les femmes n’y voient rien de sale, mais plutôt le signe que sous une première lecture dérangeante et brusque elles pourront découvrir l’étendue de la détresse de certains d’entre eux.

Vous trouverez ce texte et bien d’autres dans le recueil “Renaissance” chez Flammarion, Paris, 1999.