
Une hérésie? Vraiment?
Le NYSE, connu en tant que Bourse de New York, vient de mettre la main sur Euronext, “Plateforme boursière européenne”. En conséquence de quoi naît un nouvel acteur transatlantique complètement fascinant, car il évolue en temps réel en faisant abstraction de la distance. Les Européens détiennent un pouvoir décisionnel important dans le nouvel ensemble.
Lors de mon voyage en Irlande, le vieux monsieur chez qui je résidais m’a dit que lorsque la question de l’adhésion à l’Union Européenne avait été posée, certains s’étaient prononcés en faveur d’un rattachement de leur république aux Etats-Unis. Stupéfiant, mais vrai cependant.
Serait-il possible qu’un jour soit créé un gouvernement commun, aux structures inévitablement complexes, entre l’Union Européenne et les Etats-Unis? L’idée est moins farfelue qu’elle n’y paraît.
Vous me servirez les contre-arguments normaux à cette hypothèse étrange. Mais regardons le monde tel qu’il évolue. Outre la malheureuse Afrique, exclue d’office de la mondialisation, plusieurs pôles se dégagent. Prenons l’exemple des zones économiques (libre-échange, douanes…). L’Amérique du Sud a Mercosur, l’Asie du Sud-Est (Singapour, Malaisie, Thailande, Indonésie…) a Asean, la Chine émerge, l’Inde également. Chacune de ces zones rassemble environ un milliard d’habitants, et leur poids politique va croissant avec leur importance économique.
Il va de soit que l’unilatéralisme américain n’est plus crédible, et que dans vingt ans ce pays devenu moins significatif à l’échelle mondiale ne pourra plus prétendre à son hégémonie actuelle. Et l’allié logique est l’Union Européenne. Les marchés sont sensiblement les mêmes, la culture se comporte globalement de la même manière, et les ancêtres sont communs. Gardons bien l’échelle globale en tête. En effet, d’aucuns lancerons des objections telles que “non, notre culture n’est pas aussi libérale, leur presse est anti-européenne, etc.” Ce qui, en soit, est parfaitement ridicule. Pareilles affirmations relèvent plus de l’ignorance que de la connaissance, et j’invite ces “d’aucuns” à élargir leurs sources.
Entendons-nous bien, il ne s’agirait pas pour les Américains de ne plus en être, ou pour les Français de renoncer à leur vin. Il s’agirait d’une structure décisionnelle commune en matière de politique économique (et monétaire, en alignant les deux monnaies?), de politique énergétique et environnementale, de politique internationale et de sécurité des frontières de cet espace commun. Dans un premier temps du moins. L’ensemble regrouperait environ 700 millions d’habitants, et aurait des positions géostratégiques de choix dans le monde (frontières Moyen-Orient, Russie, Amérique du Sud).
Evidemment, les structures décisionnelles internationales, nationales, régionales, communautaires actuelles ne sont plus tenables. Trop de pouvoirs de décision nuisent à la décision. En prenant soin de garder les identités culturelles fortes de chacune des nations constituantes, tout en simplifiant les structures, il est très possible de construire quelque chose de cohérent.
Le modèle belge, à cet égard, reprend des concepts intéressants. Les communautés linguistiques, les communautés culturelles, les régions économiques et un acteur central fédéral. Même si, dans un modèle global, l’Etat fédéral belge n’existerait certainement plus car superflu…
Quant aux opinions publiques, elles n’auront peut-être pas le choix. Appartenir à un ensemble crédible est une garantie d’intégrité territoriale. Les velleités actuelles sur des questions capitales telles que l’énergie en sont un exemple criant. Revenir aux Etats-Nations n’est pratiquement pas possible, à moins d’un effondrement de notre civilisation. Un tel ensemble, s’il est bien pensé, permettrait à chacun de conserver son identité culturelle tout vivant dans un espace stable et intègre. Un moindre mal.
J’écarte d’office les questions ayant trait au capitalisme excessif, à l’immigration, etc. car ce n’est pas le sujet. Je ne suggère en effet aucune orientation politique dans ce texte, mais je m’interroge sur la capacité qu’ont les structures actuelles à intégrer les contraintes d’un nouvel ordre global. Les structures créées, c’est aux responsables politiques, et intrinsèquement aux citoyens, qu’il revient la responsabilité de les utiliser en regard de leur vision du monde.