21 avril 2007
Grand Canyon, un ciel en formes
Il y a eu cette tuerie au debut de la semaine, en Virginie. Combien de morts? Combien de blesses? Combien d’heures de news coverage?
Et moi j’etais autour d’un feu de bois, allume dans notre camp au Grand Canyon. Temperature -10 degres, rafales a 100km/h. Il faut presque aller dormir, hesiter entre se deshabiller et entrer dans les deux sacs de couchages concatenes, ou conserver ces vetements comme couche supplementaire. Apres une journee eprouvante a aider les Firefighters du Grand Canyon National Park, avec un certain honneur peut-etre, l’odeur de la saive des arbres decoupes se melait a une transpiration qui n’avait pu etre evacuee par une douche. Eh! Oui! Camping sauvage oblige! Froid sans odeur ou chaud avec odeur!
Le Grand Canyon, du haut, c’est le froid. 1700 metres plus bas, c’est la fournaise. Je ne sais pas si au milieu c’est la fete a la bonne temperature. Je ne sais pas non plus decrire ce monument fantastique patiemment erode par la Colorado River.
Ici, tout est en grand. Et l’on fini par etre lasse de chercher des superlatifs, de faire la photo plus impressionante que la precedente. Les morts s’enchainent, la meteo se dechaine, les paysages se dechirent. Et moi qui vibre au moindre febrissement, je me fatigue presque de tout ce que je dois encaisser.
Alors je vis.
Je contemple cet espace dont les limites se perdent dans la vapeur des nuages. Mes mains sont seches, mon nez coule de sang, c’est le desert: ca seche; c’est l’altitude: peu d’oxygene. Beaucoup d’effort, ma machine humaine se decouple pour produire suffisamment d’oxygene. Ici on vit dans les extremes.
Tu creves de froid, le vent si violent manque une fois d’emporter un ami dans le precipice sans fond du canyon, le soleil brule ta peau tu ne le sens meme pas.
Maintenant je respire. Comme si mon corps expose a ces extremes durant cinq jours reprenait son confort. D’ou vient pourtant la legerete? Une bonne crepe de mon papa n’est meme pas aussi legere que mon corps qui flotte dans l’atmosphere.
Etre aux extremes de soi, etre oblige de les depasser, meme. C’est peut-etre comme cela que l’on devient sage. C’est aussi comme ca que d’autres ne s’arretent plus. Comme une drogue de liberte des sens.
Mais l’on n’en est pas la.
Demain, Santa Fe. Apres le corps, l’esprit. Histoire d’equilibre, comme toujours…