29 mai 2007
Il n’y avait plus de route
Je ne sais combien de personnes ont vu en moi un jour un exilé potentiel. “Tu vas voir, tu partiras”, “J’ai peur que tu partes, je le sens fort”, “Tu ne reviendras pas”. Mais ils allaient tous à Londres, à Paris, à Miami.
Ca veut dire quoi, pour eux, partir? Ne jamais revenir? Etait-ce cela qui se dégageait de mes yeux scintillants?
Le corps est aspiré vers le lointain, vers ces pays à peine imaginés, au Levant ou au Nunavut. Et la distance semble aux camarades aussi affreuse que les bateaux qui s’éloignaient vers le précipice de l’horizon, à l’époque où la Terre était encore plate. Il n’y a pas de routes par là, ou pas les mêmes!
Comment décrire cela?
Que depuis l’âge où mon cerveau est prêt à me projeter dans le futur, j’ai toujours trouvé imbécile de rester enfermé dans mon petit pays. Malgré “tout ce qu’il m’a donné”. Je lisais il y a peu une lettre de rupture écrite au 19ème siècle. Avant d’être amants, la demoiselle avait été sauvée de la rue par son futur amoureux. “Merci pour tout ce que tu as fait pour moi, je ne saurai jamais assez t’en être reconnaissant. Mais suis-je pour autant lié à vie à ce que tu m’as donné? Ne voulais-tu pas mon bien-être?”.
Etre Belge, pour moi, n’a jamais été qu’être né ici. Je sens mes racines à l’étranger, elles disparaissent à peine de retour au pays. Je ne suis jamais aussi proche qu’en étant loin.