Archives de mai 2007

Il n’y avait plus de route

All routes go to an end

Je ne sais combien de personnes ont vu en moi un jour un exilé potentiel. “Tu vas voir, tu partiras”, “J’ai peur que tu partes, je le sens fort”, “Tu ne reviendras pas”. Mais ils allaient tous à Londres, à Paris, à Miami.

Ca veut dire quoi, pour eux, partir? Ne jamais revenir? Etait-ce cela qui se dégageait de mes yeux scintillants?

Le corps est aspiré vers le lointain, vers ces pays à peine imaginés, au Levant ou au Nunavut. Et la distance semble aux camarades aussi affreuse que les bateaux qui s’éloignaient vers le précipice de l’horizon, à l’époque où la Terre était encore plate. Il n’y a pas de routes par là, ou pas les mêmes!

Comment décrire cela?

Que depuis l’âge où mon cerveau est prêt à me projeter dans le futur, j’ai toujours trouvé imbécile de rester enfermé dans mon petit pays. Malgré “tout ce qu’il m’a donné”. Je lisais il y a peu une lettre de rupture écrite au 19ème siècle. Avant d’être amants, la demoiselle avait été sauvée de la rue par son futur amoureux. “Merci pour tout ce que tu as fait pour moi, je ne saurai jamais assez t’en être reconnaissant. Mais suis-je pour autant lié à vie à ce que tu m’as donné? Ne voulais-tu pas mon bien-être?”.

Etre Belge, pour moi, n’a jamais été qu’être né ici. Je sens mes racines à l’étranger, elles disparaissent à peine de retour au pays. Je ne suis jamais aussi proche qu’en étant loin.

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Voilà un retour au pays sans choc. Avec le sentiment surtout que le monde est petit, et qu’il m’en faut encore… encore une fois… le monde est petit, seul l’esprit crée la distance. 17h à San Francisco, 8h à Seoul, 2h à Bruxelles. Voilà. A peine est-ce plus simple.

Ce qui sépare les gens, c’est le temps. Etre à la même heure, c’est voir le Soleil au même endroit dans le ciel. Comme c’est impossible, nous regardons la même réalité avec un regard différent. Certains sont nés Noirs, d’autres avec des yeux bridés, d’autres encore dans un pays avec plein de hamburgers. Et c’est cela qui les défini.

Le concept semble aussi simpliste qu’évident. Là où c’est tout à fait inédit, c’est qu’au lieu d’un concept il s’agit bien de la réalité. Car il suffit de monter dans un avion, traverser un désert, une chaîne montagneuse, un océan, et l’on se retrouve face à d’autres humains, nés eux aussi sans trop savoir pourquoi. Les gens s’y lèvent plus tôt, plus tard, mangent plus ou moins, prient plus ou plus du tout.

Voir le monde avec mes yeux, en ce jour, c’est écouter Ellen Allien de l’intérieur. Un regard cristallin, des hautes fréquences interconnectées, des basses fréquences attachées au sol, et un pétillement à se dire que la solution est toute simple. Elle est là, juste un peu après…

Pourtant, je ne suis jamais aussi bien que quand je suis à l’étranger…

Back where I’m supposed to be attached

The space between us

Je suis encore à San Francisco, je n’y suis plus vraiment. J’avais l’esprit un peu en Corée, je ne sais pas où il sera en rentrant. Je suis suspendu entre l’Atlantique, triste de quitter une ville que j’ai aimé, triste de quitter des gens que j’ai adoré. San Francisco je te touche encore, et je ne le réalise plus. Etait-ce réel? Et si ça l’était?

Mais ça l’était. Et le retour n’est qu’un arrachement de plus à un environnement auquel je me faisais, je m’adaptais. Après, l’Espagne. Plus longtemps encore. Vais-je m’y installer, cette fois?

Retrouver des gens que l’on aime, sentir qu’ils nous ont manqués, se dire que c’est là qu’on vit. Se dire aussi que l’on se fait à tout, et que si des racines me sont poussées pour la premiere fois de ma vie, il m’est possible de vivre autrepart.

Le monde est vraiment petit, savez-vous. Je ne suis jamais vraiment loin. Seul le coeur parle de distance.

Et je me rassure des océans, des terres, de l’horizon qui se déroule en mouvement perpétuel. Jamais vraiment loin, jamais à portée de main. A vrai dire, si j’ai appris quelque chose ici, en premier, c’est surtout de me réjouir au moment ou il le faut. La mélancolie, elle, se tranforme en espoir de revoir ceux qui me construisent au jour le jour. Me ferais-je un tour d’illusioniste?

Aurevoir…

Bonjour…

Bay Area (ex)change

I love

“Los Angeles is place. Sacramento is a place. Chicago is a city. This is a city.”

Voila la différence entre une ville et une agglomeration, bien resumée par une volontaire àl’office du tourisme de San Francisco. Los Angeles, je l’ai traversée en venant de l’Est, via San Bernardino, puis remontée par le Nord. Quatre heures, sans aucune excitation. Des lieux accumulés les uns derrières les autres, de la colline d’Hollywood à Capitol Records, mais rien d’autre. Rien d’excitant.

Dans le bus vers San Francisco, un illuminé joyeux, qui en voyant le train du BART (Bay Area Rapid Transit), s’exclame bien fort “The Bart! Almost home!”. Et la baie de se révéler. La vallée verte, aux formes féminines exquises, les arbres, puis ces ponts métalliques, cette ambiance mêlant chaleur, modernité, intelligence, charme, ouverture, et l’Océan.

De San Francisco, j’ai tout vu. Des rues, mes pieds en ont arpentés certainement 30 kilometres. Et les rues de San Francisco sont raides commes des cascades. Le Pacifique, je respire.

Le Soleil court toujours. Sur le Golden Gate, je le regardais fuir l’horizon, courir sur l’océan, et rayonner déjà sur l’Europe. Mais il était Jour au Japon et en Corée, ces pays modernes remplis de personnes aux yeux bridés, qui vivent dans leurs iles en parlant leur langue. J’ai eu l’occasion d’esquisser les formes de ces pays mystérieux, dont on sait l’existence, dont rarement on s’approche. Et de l’étroitesse de leurs cités, j’ai pu en apprécier des privileges que je doute pouvoir retrouver de sitôt.

C’est ça, San Francisco. Se promener à croisées de continents sans susciter d’animosité. Croyez-vous que ce soit de l’indifférence? Eteignez votre pessimisme. Notre civilisation individualiste a aussi erigé des règles de tolérance et d’empathie, et c’est d’ici que tout est parti.

J’ai crains cette ville en y arrivant le premier soir. Et alors que je m’apprête a la quitter, les yeux remplis d’un bonheur ému, elle me témoigne qu’ici tout est possible. Que le monde n’a jamais été si petit, mais que c’est sa subtilité qui le rend énorme.

San Francisco est un pont entre les nations, les cultures, les continents. Et le Golden Gate d’en temoigner, de toute sa majesté, et de toute sa discrétion lorsqu’il se cache dans la brume.

La plénitude?

Une larme…