Archives de juin 2007

Les amants du monde parfait

Une petite fille

C’est que… elle se promène, le coeur à l’envers. A sonder ses sentiments, à ne pas les savoir peut-être. Ou peut-être les sait-elle. Elle déambule dans le corridor, entre deux murs. L’un est blanc cassé, l’autre gris clair ou gris foncé. Au bout, la lumière, celle qui nous aspire vers notre dessein. Le lointain, l’espoir. Derrière, la brume de la rivière. Mystérieuse. Celle qu’elle a traversée, où respirent encore ses amours passés.

Ses bras vibrent. Vers l’avenir, magnifique. Un oeil triste, peut-être amer, vers les anciens. Ses bras tremblent… frêles, légers et en manque d’amour. Elle n’en sait plus. La brume… la poursuit, toujours. Mais si elle se retournait pour la regarder droit dans les yeux? Si rien n’en apparaît, un sourire confiant illuminera son visage. Si un être s’en détache, un petit cri crispera son coeur.

Le tumulte est prenant, passionnant. Des temps mélancoliques, des yeux qui se perdent dans le plafond blanc. Désespéremment neutre. Un lit vide de sens. Puis elle se met debout. Avance. Ouvre la porte de sa chambre, entre dans ce corridor. Elle hésite. Puis y va. Allons-y toute! Que la brume se lève!

Le corps s’apaise. Se repose. Ses yeux se ferment tendrement. Qu’y a-t-elle vu? Avec qui est-elle? Où va-t-elle? Les temps d’avant n’existent plus. Comme si, eux aussi, avaient marché dans un corridor. Comme si des êtres du passé étaient à venir.

Contre Jour

Eclipse des masques

Le matériel est prêt. Reste à prendre le Thalys, puis s’envoler par l’aéroport de Roissy. Des mois à tenter de conjuguer une équipe, où, de fait, tout le monde est différent. Et nous atterrirons dans un pays différent. Moins loin de New York en distance, plus loin dans la manière de vivre.

Tout sera différent. Et il faudra imprimer sur la pélicule cette différence. Même si, de notre Vieux Continent, et même d’un peu partout dans le monde, dire qu’il y a des différences entre les êtres humains, c’est risquer d’être raciste aux yeux des gens. Donc nous tenterons de sublimer la différence, montrer que oui, la différence existe. Un Noir est noir, un Blanc est blanc. A partir du moment où l’on dépasse les connotations tronquées et malheureuses que portent ces mots, il reste un monde superbe à découvrir.

Traditionnel est vu comme peu évolué. C’est bien dommage, car “tradition” vient de trans et de dare (donner), littéralement: “faire passer à un autre”. Et tourner un documentaire n’a aucune utilité, si ce n’est transmettre quelque chose. Vous me direz, l’acception de “tradition” n’a plus exactement le même sens. Pourtant, en Occident, notre société de l’information à la croissance exponentielle fait continuellement cela: transmettre ses valeurs… et valeur renvoie à tradition.

Le but du documentaire est d’échanger nos traditions, mais aussi notre regard sur l’avenir. Quelles choses a-t-on commun, et quelles choses pouvons-nous mutuellement s’apporter pour faire face à l’avenir? Voilà le plus excitant de l’histoire: dire que l’on a un destin commun sur cette planète, mais que ce formidable point commun ne doit pas être prétexte à uniformiser ce que chacun est réellement au fond de lui.

Tout est question d’équilibre!

Une ampoule incandescente

Des couleurs dans un bol

Les Lumières, peu de gens le nieront, sont à la base du monde occidental. Elles courent pourtant sur une relativement courte période, allant du début du 18ème siècle à la Révolution. Mais limiter ces soixante années de l’Histoire aux avancées des sciences qui ont eu lieu à ce moment est assez hasardeux. Car les Lumières sont, sans les réduire à cela, essentiellement une période de diffusion de savoirs accumulés depuis la fin du Moyen Âge. Descartes, Montaigne, Copernic, Spinoza ou Galilée étaient déjà poussières, que le 18ème siècle n’était pas encore entamé. Voltaire, lui, est bien une Lumière des Lumières.

Regardez autour de vous! Vous constaterez que le monde dans lequel vous tronez est bien confortable. En faisant émerger l’individu, les Lumières ont donné la possibilité à chaque être humain de devenir significatif, de s’épanouir personnellement et à sa guise. Certains ont fait de la politique, d’autres des sciences, d’autres du commerce, et ce pour leur plaisir personnel en premier lieu. Ils n’étaient plus dans un rôle confié par la société, ils étaient dans leur rôle. La médecine a fait des bonds spectaculaires, la démocratie s’est imposée comme norme universelle, la technologie a engendré des réductions des distances entre les grands pôles. Une réaction en chaîne, une course vers le mieux. “La main invisible” d’Adam Smith, si tout le monde la décrie aujourd’hui, a quand même existé et existe toujours. La somme des individualités a bel et bien donné le monde hyper technologique dans lequel nous vivons.

L’être humain est spirituel. Les Lumières le savaient, ils ont donc imposé la rigueur scientifique qui contraint à la vérifiabilité des données. C’est la raison! Ainsi, en évitant à l’homme d’être emporté par ses merveilleux sens, on a garanti l’exactitude et l’universalité des découvertes.

Le découpage du monde en individualités, et l’universalité des nouvelles connaissances acquises par la raison et la rationnalité sont des révolutions fondamentales. Pourtant on en expérimente les limites au quotidien. Car l’être humain est spirituel: il est un ensemble de capteurs sensoriels et un formidable rêveur. Aussi, certains vieillards, dans nos pays où le savoir est une fierté, ne savent pas situer leurs organes. Ils se considèrent comme un être entier, et au fond, c’est bien normal. “Je ne sais pas où est mon foie docteur, mais j’ai mal là”. Et le savant d’être bien ennnuyé. Car il lui faut une cause précise pour arriver à un effet escompté.

Notre problème à nous, occidentaux, c’est de ne pas saisir que notre modèle n’est pas universel dans son intégralité, mais complémentaire à d’autres. Les droits de l’homme en sont d’ailleurs un exemple parfait. Car ils définissent les frontières de l’existence de l’individu, tout en faisant fi du contexte social dans lequel il évolue. Mais le sujet est incendiaire s’il est pris avec légèreté…

Les Lumières ont bien apporté au monde des acquis fondamentaux, ou ont donné un cadre normatif à des pratiques dispersées et divergeantes selon où on les trouve sur la planète. Si la roue est chinoise, la démocratie est européenne. Après, il est question de sélection, adaptation ou rejet par les sociétés (d’autres ajouteront que c’est aussi, souvent, l’imposition d’un modèle social à une autre société).

En Occident, les gens dépriment en masse. La raison n’autorise plus les passions, la religion est perçue comme désuette ou sans fondement. Et le corps est une mécanique remplie de pièces liées les unes aux autres. Alors que les Lumières reconnaissent implicitement que l’homme est passionnel, elles souhaitent se débarasser de cet aspect. Mais l’homme, ayant toujours besoin de croire, il a fait de la science sa nouvelle religion. C’est elle qui nous débarassera du mal (maladies, famines, despotes…), et c’est elle qui nous donnera une raison de vivre (la recherche de l’apparition de la vie sur Terre, si l’on est seuls dans l’univers…).

Et si, le mieux, c’était les deux? Si effectivement, on pouvait erradiquer les famines avec la science, mais faire de la naissance d’un enfant un mystère merveilleux? Si on pouvait dire que les pays en voie de développement sont déjà développés, mais qu’ils n’ont pas besoin de nos démocraties de marché; que selon eux, le respect des droits de l’enfant est génial, mais que se battre pour avoir le plus grand terrain pour sa maison est ridicule? Et si être heureux c’était aussi avoir le courage de ne pas l’être de temps en temps?

En fait, tout le monde le sent.

Et c’est parti

Dans le flou artistique, il y en a toujours une nette

On pourrait discuter des heures, en fait. Si notre monde occidental est vraiment pourri, si la vie c’est vraiment marrant, si la musique qu’on écoute est la plus super des underground, si on se prend assez la tête tout en restant cool, si même le poisson rouge n’est pas plutôt orange.

En fait de cela, autant prendre ses rollers, se casser la gueule sur le RAVeL (ndlr: un réseau de promenades balisées belges), se relever même si les gosses derrière rigolent de nous, et finalement atterrir en bas de la pente et se désespérer de voir tout ce qu’elle nous donne à remonter. C’est plus chouette!

“Sérieux!” Mais oué mais oué. Après avoir appris la mécanique quantique et la relativité générale, tentez de les mettre en application. Tout est histoire de complémentarité et d’équilibre, en dynamique permanente. Rien n’évolue, rien n’est plus bien, et va s’emmerder.

Saviez-vous que les peuples africains, avant les invasions occidentales, vivaient dans un équilibre social qui rendrait jalou Montesquieu lui-même?

Où vais-je, quand vais-je dans ce texte? A faux-fuyant. J’aurais envie de vous parler, mais je ne le veux pas.

“From Here We Go Sublime” dit le prophète. A cinq années grégoriennes de la fin d’un grand cycle du calendrier Maya, la grande roue engrenage ses dernières dents. Et en cette belle époque, prévoir de prendre ses rollers dans le train qui nous emmène chez les Ibères, c’est un peu engager la roue vers sa fin de cycle.

Il n’était pas prévu de ne pas être compris aujourd’hui. Mission accomplie! Maintenant, dodo plage.