Archives de mars 2008

Elle est avec moi


Un petit être qui n’avait pas demandé à être là. Il engendrera aussi. Un nouveau petit être qui n’aura pas plus demandé à être là que lui-même. Des générations de chérubins victimes d’eux-mêmes. (Que c’est absurde de se poser pareille question).

Durant le bref passage en planète bleue les enfants que nous sommes se poseront mille questions, d’autres ne s’en poseront pas une. ¿Se demander si on a le droit d’imposer la vie? ¡Absurde!

La vie est magique. Elle a engendré le chaos pour se manifester. Elle a déréglé le sens d’une constante pour sortir du marasme du tout et du rien. Elle a créé l’espace et le temps. Ce sont ses seules limites, dont elle est elle-même la mère. Et nous en sommes, chacun, une miniaturisation.

Les enfants, eh bien c’est la vie.

Berlinette

Berlin, 11 novembre, date de fin d’une guerre. Il pleut comme le Nord sait le faire, de la glace dans les cheveux, on n’y voit rien à travers les lunettes. La nuit tombe quatre heures à peine passées. Les gens attendent que le feu soit vert avant de franchir le passage piéton, et les trottoirs sont propres.

Pourtant Berlin n’est pas cette capitale inaccessible, prétentieuse ou imposante, comme savent l’être Londres ou Paris. Des grandes rues découpent les quartiers, les vélos roulent en site propre, et des arbres humbles s’ennuient aux abords.

L’automne, ça me manquait. Quelle nostalgie soudainement de voir les feuilles pâlir, pour finalement ne plus opposer de résistance et dégringoler sur le sol. A Berlin, il y a l’automne. En Espagne, il n’y en a pas.

Berlin est d’un jaune âcre hérité de ces vieux immeubles vaguement dérivés du bauhaus. Des petites fenêtres rectangulaires. Une ville dont le charme serait de ne pas en avoir, où l’harmonie bouge dans des formes ordonnées. Étrange expérience. Quelle belle ville, vivante de l’intérieur, discrète autre part.

L’Atlantisme. Le Nord.

Le monde se renverse, et pour la première fois de son histoire, la démocratie et sa supposée universalité sont mises en doute. La question n’est pas de savoir comment l’imposer, mais plutôt comment la préserver.

Elle trouve son origine moderne dans les peuples aux côtes de l’Atlantique: Europe continentale et Amérique du Nord. Ces deux régions, liées par l’Histoire, la culture, l’économie, la défense et la politique, sont en proie à des turbulences inédites. Le système capitaliste qu’elles ont imposé est en train de se retourner sur elles comme le Tiers-Etat s’est retourné sur Louis XVI. Grandes manoeuvres dans l’arrière-boutique des nations.

Pourquoi est-il si difficile que tous les peuples, tous les individus du monde, se tournent vers un système qui veut défendre la liberté individuelle? Répondre à la question, c’est peut-être tenter de trouver un modèle pour l’imposer. Et la question, d’ailleurs, a moins d’importance qu’elle n’y paraît.

La démocratie, et son pendant économique, le capitalisme, entraîne ses instigateurs dans une descente aux enfers dont on ne peut encore mesurer ni les proportions, ni la portée. C’est la chute de l’empire, et les gesticulations aux sonorités d’un râle.

Une gouvernance mondiale unique est un doux rêve. Impossible. Si un régulateur est souhaitable, un gouvernement mondial ne calmera jamais les besoins de domination d’une culture sur une autre, de la valse des puissances et des influences de certains groupes ou communautés sur des autres.

Un rapport de force équilibré, en revanche, permet d’absorber les vélleités de chacun. La planète compte six milliards d’habitants, mais à croissance démographique inégale, distribution future des populations inégale.

Chine, Inde, Asie du Sud-Est, Afrique, Amérique du Sud, Moyen-Orient, Russie. Sept ensembles cohérents tant par leur histoire propre que par leur position géopolitique actuelle. A leur côtés, on ajouterait à notre époque deux autres ensembles: Amérique du Nord et Europe.

Pourtant, les synergies entre ces deux ensembles sont criants. Démocraties de marché, philosophie, culture de la liberté individuelle, laïcité de l’État, conception de l’économie et de la finance. Il y a certes des différences fondamentales, notamment dans le rôle régulateur de l’État sur la liberté, mais elles font figure d’anecdotes.

Concevoir l’Amérique du Nord et l’Europe comme un seul ensemble à l’échelle mondiale permettrait d’équilibrer le nouvel ordre mondial complètement remanié qui est en train de s’établir. Avec par exemple une seule politique étrangère et de défense, une seule politique du commerce extérieur, un seul organe de régulation des marchés, une seule politique énergétique, une politique de gestion globale du territoire. Mais deux monnaies, permettant d’absorber et de manipuler les fluctuations mondiales de l’offre et de la demande. Bien que rationnalisé et adapté aux difficultés actuelles de la démocratie, le système gouvernemental resterait calqués sur les spécificités locales. Les politiques sociales et culturelles resteraient bien entendu gérées à un niveau comparable que celui actuellement en vigueur.

Tout est question d’équilibre.