Atterrissage force (2)

(Etant sur clavier Qwerty et a l’etranger, j’ajouterai accents et illustrations vers le 1er juin. A cette occasion, je ferai egalement une relecture approfondie. GMT+8)

Il y eut donc Los Angeles. Traversee de Long Beach, de Melrose Avenue, de Hollywood, de Beverly Hills, dans le desordre. Puis l’on quitte cette cote Ouest qui m’a bouleverse, et l’on se rapproche a pas de fourmi de l’Est. Los Angeles, ville-Etat par sa longueur, qui demande trois heures a traverser, finissait peu a peu de s’etirer. J’ai encore cette image d’un dernier fast-food a l’extreme peripherie de la ville. Il semblait bien seul. Finie aussi cette Interstate 5, fleuve a voitures, geante, qui prend son cours a Vancouver et qui s’etend jusqu’a San Diego.

Place a present a l’Interstate 10, incroyablement longue elle aussi, allant de Santa Monica pres de Los Angeles, a Jacksonville en Floride, soit a l’autre bout des Etats-Unis. Et dans cette jungle de demesure, on est toujours entre admiration et degout.

C’est d’ailleurs cela, le paradoxe des Etats-Unis. La demesure des paysages et des habitudes de vie suscitent a peu pres la meme chose que leurs fast-foods. On adore le gout, mais quand on en mange de trop, on n’en veut plus.

Interstate 10 donc, direction Phoenix, Arizona. Des camions geants emergent de je ne sais ou, dans ce desert de cactus et de montagnes plus rouges que le sol de la planete Mars. Puis Phoenix, apres sept heures de trajet. C’est une des plus grandes villes des USA, peut-etre bien la plus incongrue egalement. Imaginez-vous dans le desert, ce qui est le cas, et qu’apres avoir parcouru des centaines de kilometres sans rien, ou presque, une ville apparaisse. Elle surgit, comme ca, scintillante de ses buildings, etourdissante comme la chaleur qui n’en fini pas de s’echapper du sol bouillant.

Enfin, direction Flagstaff. Vers le Grand Canyon. Et la, le desert se dechire. Des vallees profondes, coupees par des rivieres, des nuages qui s’ecrasent sur des montagnes plus hautes qu’eux, des plaines infiniment plates qui soudainement laissent a nouveau place a des canyons. Des canyons. Un? Mais non, en Arizona, il y en a beaucoup!

-Oh man you hit the fan!
Voila, j’etais a Flagstaff, rempli d’espoirs. Je debarquais dans un appartement a partager a quatre, remonte comme on peut l’etre apres avoir vu de si belles choses, et en sachant que l’on va les explorer a travers divers projets durant huit semaines. Je dors dans un lit a deux etages, au sommet. Et deja etouffe par les 30 degres a l’ombre, j’enclenche le ventilateur au plafond. Je monte vers mon lit, et soudain une masse percute ma tete, provoque un bruit detonnant, et a la suite de mon cri de stupeur et de mal, mon collegue d’en bas arrive catastrophe et etonne. J’avais heurte le ventilateur avec ma tete! J’en ai d’ailleurs encore la bosse!

Apres les echanges elementaires entre nouveaux camarades, chacun retourne a ses occupations. Et me voila a errer dans Flagstaff, ville assez minable ma foi, qui a pourtant l’immense avantage d’etre au coeur des trajectoires du Grand Canyon, de Las Vegas, de Santa Fe, de Bryce Canyon, et bien d’autres merveilles de l’Ouest americain.

Mardi, depart pour le premier projet, en peripherie de Phoenix. Il s’agissait d’elargir un sentier de randonnee, jonche de pierres pesant parfois 100kg. Il faisait 40 degres a l’ombre, et malgre les protections solaires, ma peau a brule. Sortir de l’hiver belge par un minitrip dans le desert, il y a de quoi choquer sa peau. 10 heures par jour, un superviseur ecrasant, et la vague impression d’etre un objet de travail plus qu’un devoue bien volontaire. “Tu travailles trop lentement”, “Vous etes 5 minutes en retard”, et bla et bla.

Et encore merde. Qu’est-ce que je fous ici, parmis ces gamins bien gentils qui sont si fiers de boire de l’alcool et admirent les debuts de Green Day a l’instar de certains perdus qui adoraient Guns N Roses a la fin des annees nonantes? Qu’est-ce que je fous ici, dans des groupes qui se font et se defont, des relations qui ne peuvent se construire, et le sentiment, que d’autres partagent, d’etre un peu exploite? Aucune amitie ne se cree, tout est volatile, tout est amusement simplet, tout est faux-fuyant.

Les USA, c’est superbe. Mais la vie reelle, la vie en immersion aux USA, celle ou tu dois te debrouiller seul pour subvenir a tes besoins, cette vie-la ou tu te dois te battre chaque jour pour esperer bien terminer ta journee, cette vie-la, non.

Alors? Rentrer en Europe plus tot? Peut-etre aurais-je un regret, celui d’avoir loupe mon voyage. D’avoir rate un objectif que j’attendais. En meme temps, vegeter ici, ne servir qu’a aider les americains a se convaincre qu’ils font des choses pour leur environnement, tres peu pour moi. Avec un minimum de respect temoigne, ca aurait pu passer, mais ici, c’est deconner.

Alors ici, c’est la guerre, disais-je. Et moi qui vais de deception en deception, il me faut retourner ma veste, eclairer d’une autre lumiere la lanterne qui m’a fait venir ici. Je ne suis pas ici pour m’enfoncer, mais pour m’elever.

Dans des temps revolus, dans cette region du monde, ont emerge des hommes dont le comportement “rien a perdre”, et criant souvent aussi “viva la muerte” (mais ca, je passe), les ont amenes a realiser des choses parce que l’inspiration les guidai. Les Desperados, ca fait froid dans le dos.

Alors une idee m’est venue, completement folle, mais bien plus excitante et plus enrichissante que de moisir ici. Rentrer plus tot, oui. Mais rentrer bien.

Je suis a 3000km de New York. Et j’envisage de rallier la capitale de la cote Est par la route et le rail avant de m’envoler pour Paris. Quitte a etre aux USA, autant y etre a fond. Faut voir grand, dans la vie!

2 réactions sur “Atterrissage force (2)”

  1. Emilien

    Tu peux aussi dire que la Chimay Bleue te manque très fort et que tu t’en taperai bien une en terrasse, même si en Belgique, il fait pas 86°F. Bonne route camarade et au plaisir de te croiser bientôt !

  2. Matthieu

    c est avec beaucoup d empathie que je compatie avec ton “what the hell im doing here” ? exploitation de petits “travellers” comme nous, esclaves du travail pour assurer ses repas le soir, subir les brimades et licenciements (pour moi) des superviseurs qui abudent de notre soumission, aussi rustres et edentés les uns que les autres, des femmes n’ayant plus aucun train feminin, jureant comme des hommes c etait ca le monde du fruit picking en australie, j ai fait mon expreience, j en ais tiré qd meme du positif mais j ai surtout pensé a ma dignite, avant mon portefeuille !
    j ai vecu les projets comme toi a Flagstaff, ayant pt eu un peu de chance, je me suis pas senti aussi exploité qu en australie, pt que c est parce que nous etions pas payé, fric et rentabilité quelle belle vie !

    Commentaire par Matthieu

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