6 février 2008
Sur la route, tempête dans un verre d’eau

Me voici perdu entre Hannover et une autre ville. Je ne sais même pas si l’on va passer par les Pays-Bas. Juste, je sais, le trajet n’avance pas. Comme tous ces trajets en bus, où l’on rencontre une faune particulière, mélange entre immigration et alcooliques, et quelques chômeurs qui naviguent sur ces routes sans raison apparente.
La vie défile au côté des camions, la nuit envoûte, une ambiance calme malsaine, suave et dégoûlinante, des effluves de crasse et de parfums, une haleine imbibée de brevage. Les voitures défilent en arrière-plan, dans un bruit de fusée sifflant sur la route mouillée, et les camions assourdissent ces flèchent sonores.
Dans le Nord de l’Europe, ou, du mois, là où le vrai Nord commence, là où je me trouve en ce moment, à écrire sur mon clavier rétroéclairé, sur une aire d’autoroute infâme, l’esprit s’évade dans la torpeur de la nuit sombre. Il n’y a même pas de quoi acheter à boire, juste des lumières oranges.
C’est aussi cette vie là que je voulais, c’est une parmi les autres, un mélange de milieux infréquentables, inédit parce qu’ils ne se destinent peut-être pas à ce que ma classe sociale, à peine plus élevée pourtant que les chômeurs, prétend être en droit de demander aujourd’hui.
Entre riches qui volent dans les airs, baisent dans des hôtels de luxe, et le chômeur aux cheveux gras qui se masturbe sur son siège en croyant qu’on ne le voit pas, je ne sais faire de choix. Les deux me dégoûtent autant. Ce sont des perdus, en somme. Le terreau de notre vie qui attend de nous manger. Et dans leur superbe conscience, ni l’un ni l’autre n’y pense. Ils sont des mécanismes de marché, ils étaient prévus, ils sont fait pour s’opposer, se violenter, se revendiquer. Ils défendent leur position car c’est celle qu’ils connaissent, car c’est leur honneur, car c’est leur devoir.
Le chômeur qui pue sur le siège d’à côté est un élément. Il n’est que ça. Ça resplendit aux yeux de tous. Il entre dans les calculs de chômage, c’est lui, le numéro 12387 des 107534 du mois de novembre. Et celui qui baise dans l’hôtel juste en face, c’est celui qui a apporté 0,00032% du PIB.
Ils ne sont que des variables, et ils le savent. Tout composant est substituable et remplaçable dans une économie de marché, sans ça, le système ne fonctionne pas.
Après, ce sont des êtres humains. A eux de voir qu’entre le chiffre qu’ils représentent et la couleur qu’ils veulent lui donner, il y a une courte marge de création. Attention quand même de ne pas virer dans le genre “la plus horrible décoration de Noël”.