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Where do I start, where do I begin

C’était un soir comme celui-ci, où la pénombre laisse entrevoir le rai de lumière derrière la porte. C’était ce soir. Un soir de panique, où il faut marcher. Entrer enfin dans cette cour des autres, ce monde inconnu. Les enfants doivent faire leurs premiers pas en classe, les adolescents doivent poser leur premier baiser, les jeunes adultes doivent entrer dans le monde du travail, les adultes doivent, les adultes… puis les jeunes retraités doivent changer leurs habitudes. Et enfin on doit se préparer à mourir. Après, une autre porte.

Puis il y a ceux qui ont une vie en feu d’artifice. Qui font tout à la fois, dans une symphonie désordonnée, sorte d’art expressif duquel l’auditeur sort moins indemne que l’auteur. A la fin, on regarde cette oeuvre interminable, que seule la mort clot. C’est une vie où tout prend sens, où chaque élément est lié de sa chair avec l’autre.

Mais il faut rendre des comptes, de toute façon. Le monde est payant. On attend quelque chose, on doit quelque chose. C’est bien normal, c’est la vie en société, qu’il s’agisse de faire du troc ou de la haute finance.

A force de vouloir faire plein de choses, on se répand. Mais l’on s’étend. On est étriqué, on est fier.

Le cul entre deux chaises aère.

Saint-Pancras, international.

Gare de Saint-Pancras, vieux batiment où un architecte victorien s’était laissé à libre cours, Saint-Pancras où j’ai faim et un peu plus chaud. Londres est sombre, et les quartiers où The Ripper sévissait n’ont pas trop changé. Qu’en sais-je? De photos. Les maisons s’accollent les unes aux autres, ternies du charbon et du smog humide si propre au XIXème. A vrai dire, ça ne m’étonnerait pas qu’une ombre de ce type fou qui a assassiné des prostituées au siècle passé reprenne du service. A nouveau. Que l’histoire se répète.

Je ne sais trop pourquoi Londres me fait penser à Paris. The River qui s’oppose à la Seine? Uniquement? Et ces music-hall? Et ces innombrables immeubles d’époques révolues qui frappent encore l’imagination, de façon plus forte qu’un livre -aussi bien écrit soit-il.

Entre Londres et le continent, un train. Eurostar entre Londres Saint-Pancras et Paris-Nord.

Et entre ces deux terminus, une manche d’eau. D’où sont passés des cavaliers, héros de jadis, affublés de ridicules vêtements métalliques. Deux nations.

Deux nations: La France! La Grande Bretagne!

Et ce douanier français, imposteur dans un territoire anglais jamais vaincu, ne m’a même pas adressé un mot. Il ne pouvait pas se rendre compte, par le métier qui fait son bonheur, que sa position derrière cette vitre de verre était assez inédite dans l’histoire. Entre batailles et grandes guerres. C’est la distance entre les gens et le temps qui provoque cela. On oublie le passé, on ne le connaît d’ailleurs presque pas. Pourtant, un petit bout d’histoire dans un cerveau, et les bâtiments parlent. C’est pour cela que j’ai fait un petit saut par la capitale britannique, détour peu évident entre Espagne et Belgique.

Le complexe formé par la station de métro King´s Cross et la gare Saint-Pancras est un lieu maudit. Un incendie, un attentat. Des dizaines de morts. Et King’s Cross est une station de métro qui ne ressemble pas à grand chose, au milieu de ruines industrielles… pas grand chose vous dis-je.

En fait si, la gare Saint-Pancras, elle, a repris des couleurs. La mode de notre époque: on mélange l’ancien avec le nouveau. Et King’s Cross, aussi moche qu’elle est, prétendra peut-être à la postérité quand les vents tourneront… Quand notre époque sera passée.

C’est d’ailleurs certainement un signe. Quand on réhabilite de l’ancien, c’est peut-être qu’on est dans du nouveau. Et la gare centrale à Bruxelles aurait-elle déjà pris le dessus sur les quartiers sacrifiés du Vieux Bruxelles?

Fluxible

Le coursier vient de livrer. Étrange époque: nous vivons en flux tendu, où donc ce que l’on demande est produit lors de la demande -ou très peu avant, par anticipation finement calculée. Quel stress!

Dans le même temps, nous devons être flexibles, s’adapter au monde grand devenu inmaitrisable.

Alors tout est tendu. Nous courons toujours à la dernière minute vers quelque chose que nous n’avions pas vraiment prévu, et tout le monde court à la poursuite de l’autre.

Avant après Eternity

Il faudrait un beau couché de soleil. Des ballots de paille. Un horizon lointain. De la verdure à tort et à travers. Un oiseau ou un chat en plein viseur. Et un bon axe. En musique de fond, une ballade rock pimentée de pop.

Il y a un couché de soleil. Il fin l’horizon, révèle le bleu mauveté de l’atmosphère. La rosée sous les pieds. Un beat sec, un homme se détache et apparaît à l’écran. Marche droit devant, propose son dos, masque son visage à l’œil de la caméra.

Le soleil disparaîtra. S’éloignent les fumées blanches des avions qui courent après lui. La paille sèche dans le champ dont on vient de couper le blé. Roussie, cassante. Silence plateau. Une tignasse châtain foncé surgit du bas de l’écran. Elle regarde l’objectif en face.