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Where do I start, where do I begin

C’était un soir comme celui-ci, où la pénombre laisse entrevoir le rai de lumière derrière la porte. C’était ce soir. Un soir de panique, où il faut marcher. Entrer enfin dans cette cour des autres, ce monde inconnu. Les enfants doivent faire leurs premiers pas en classe, les adolescents doivent poser leur premier baiser, les jeunes adultes doivent entrer dans le monde du travail, les adultes doivent, les adultes… puis les jeunes retraités doivent changer leurs habitudes. Et enfin on doit se préparer à mourir. Après, une autre porte.

Puis il y a ceux qui ont une vie en feu d’artifice. Qui font tout à la fois, dans une symphonie désordonnée, sorte d’art expressif duquel l’auditeur sort moins indemne que l’auteur. A la fin, on regarde cette oeuvre interminable, que seule la mort clot. C’est une vie où tout prend sens, où chaque élément est lié de sa chair avec l’autre.

Mais il faut rendre des comptes, de toute façon. Le monde est payant. On attend quelque chose, on doit quelque chose. C’est bien normal, c’est la vie en société, qu’il s’agisse de faire du troc ou de la haute finance.

A force de vouloir faire plein de choses, on se répand. Mais l’on s’étend. On est étriqué, on est fier.

Le cul entre deux chaises aère.

A nos deux rives

A ceux qui disparaissent, comme ça, paf, un jour, sans s’y attendre. De terreur ou d’effroi, ou simplement sans s’en rendre compte.

Dans la salle d’attente, une femme blonde, jeune, le visage rond et délicatement bouffis. Son ventre est bombé. Le lien est facile, à la mort, à la vie.

A ceux qui regardent l’ouverture du reste de leur vie à travers une fenêtre qui se ferme, qui dans leurs yeux perdent le sens du lendemain, des années qui s’écouleront, des petits-enfants qu’ils ne connaîtront pas, et qui déjà se trémoussent dans le corps de leur maman.

Le cycle imparable de l’envie de donner la vie à s’en émoustiller les sens, à inspirer d’un rêve en commun, et l’issue qui ne manquera jamais à se manifester.

Et entre les deux. Des larmes de joie, des larmes de tristesse. Les émotions de la vie. S’il n’est bien qu’un objet en ce monde, c’est le ressenti. La passion de deux regards, les personnes que l’on aime, ce qui nous entoure, ne jamais s’en lasser.

Elle est avec moi


Un petit être qui n’avait pas demandé à être là. Il engendrera aussi. Un nouveau petit être qui n’aura pas plus demandé à être là que lui-même. Des générations de chérubins victimes d’eux-mêmes. (Que c’est absurde de se poser pareille question).

Durant le bref passage en planète bleue les enfants que nous sommes se poseront mille questions, d’autres ne s’en poseront pas une. ¿Se demander si on a le droit d’imposer la vie? ¡Absurde!

La vie est magique. Elle a engendré le chaos pour se manifester. Elle a déréglé le sens d’une constante pour sortir du marasme du tout et du rien. Elle a créé l’espace et le temps. Ce sont ses seules limites, dont elle est elle-même la mère. Et nous en sommes, chacun, une miniaturisation.

Les enfants, eh bien c’est la vie.

Murmures de l’ombre

L’humeur meurtrière, le regard cristallin, des yeux fusillants. L’horreur est humaine. Et les différences entre les hommes sont assassines. On ne se comprend plus. On navigue à des étages n’ayant en commun qu’un mince plafond. Mon plafond reste ton plancher.

Je ne sais plus. Je regarde froidement, j’arme mon arbalette, je n’ose pas la charger. Fendre un arbre à cent mètres. Mais ça sert quoi?

Ça ne sert à rien. Mais l’on veut vivre. On vit. On respire. Et si ça nous suffit pas, on re-respire.
On se cherche de l’invincible, on se protège, on prépare le champ de bataille, mais nous ne signifions rien.

Mais nous ne sommes qu’un amas d’individus.