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Montréal n’est pas française

L’Amérique du Nord, si l’on peut généraliser -et je ne m’en prive pas ici, a ces choses insupportables et  charmantes pour un européen, qui génèrent un sentiment complexe d’admiration, de jalousie, de dégoût et d’insouciance.

Montréal, me disait un londonien, c’est comme une ville française. Je ne sais trop pourquoi il a réussi à me pondre cela, mais il l’a fait (et je ne lui ai pas demandé s’il avait déjà été en France… en apparence: non).

Montréal a plus en commun, certainement, avec toute autre ville Nord américaine. Des rues qui, si elles portent un nom et non un chiffre ou une lettre comme aux USA, se coupent en angle droit (au total vous avez un découpage de la ville tout à fait quadrillé). Des voitures bien américaines, des fast-foods partout, quelques semblants de monuments historiques ayant quelques décennies…

La France?, Montréal n’en garde de trace que le français, à vrai dire parfois méconnaissable.

Montréal, non, définitivement non, n’est pas française. Mais Montréal a cette force des vraies villes américaines, cette force culturelle qu’on qualifierait abusivement d’européenne. Celle que San Francisco possède, comme Chicago, New York ou La Nouvelle Orléans. Ce n’est pas un agglomérat de suburbs qui ne forme qu’un regroupement de bâtiments pâles, à l’instar de Los Angeles, Phoenix ou Miami, c’est un vrai centre urbain.

Et ces villes nord américaines, si elles tentent naïvement de se construire une histoire séculaire, ont cet avantage, précisément, d’être récentes. En quoi la jeunesse est-elle un mal? En rien. Cela vaut aussi pour Montréal.

On y trouve un éventail d’activités en plein air, des manifestations nombreuses, des liens avec le monde, une culture urbaine, des artistes, un centre-ville digne de ce nom. Et c’est surtout ce dynamisme serein, cette confiance fraîche, cette rapidité d’action propre aux villes nord américaines.

Au même titre que Berlin, Barcelone, Prague… Montréal est une ville enjouée, forte par sa relative petite taille (on traverse à pied les principaux centres de la ville en une heure), un endroit où il fait bon vivre, en somme.

L’Atlantisme. Le Nord.

Le monde se renverse, et pour la première fois de son histoire, la démocratie et sa supposée universalité sont mises en doute. La question n’est pas de savoir comment l’imposer, mais plutôt comment la préserver.

Elle trouve son origine moderne dans les peuples aux côtes de l’Atlantique: Europe continentale et Amérique du Nord. Ces deux régions, liées par l’Histoire, la culture, l’économie, la défense et la politique, sont en proie à des turbulences inédites. Le système capitaliste qu’elles ont imposé est en train de se retourner sur elles comme le Tiers-Etat s’est retourné sur Louis XVI. Grandes manoeuvres dans l’arrière-boutique des nations.

Pourquoi est-il si difficile que tous les peuples, tous les individus du monde, se tournent vers un système qui veut défendre la liberté individuelle? Répondre à la question, c’est peut-être tenter de trouver un modèle pour l’imposer. Et la question, d’ailleurs, a moins d’importance qu’elle n’y paraît.

La démocratie, et son pendant économique, le capitalisme, entraîne ses instigateurs dans une descente aux enfers dont on ne peut encore mesurer ni les proportions, ni la portée. C’est la chute de l’empire, et les gesticulations aux sonorités d’un râle.

Une gouvernance mondiale unique est un doux rêve. Impossible. Si un régulateur est souhaitable, un gouvernement mondial ne calmera jamais les besoins de domination d’une culture sur une autre, de la valse des puissances et des influences de certains groupes ou communautés sur des autres.

Un rapport de force équilibré, en revanche, permet d’absorber les vélleités de chacun. La planète compte six milliards d’habitants, mais à croissance démographique inégale, distribution future des populations inégale.

Chine, Inde, Asie du Sud-Est, Afrique, Amérique du Sud, Moyen-Orient, Russie. Sept ensembles cohérents tant par leur histoire propre que par leur position géopolitique actuelle. A leur côtés, on ajouterait à notre époque deux autres ensembles: Amérique du Nord et Europe.

Pourtant, les synergies entre ces deux ensembles sont criants. Démocraties de marché, philosophie, culture de la liberté individuelle, laïcité de l’État, conception de l’économie et de la finance. Il y a certes des différences fondamentales, notamment dans le rôle régulateur de l’État sur la liberté, mais elles font figure d’anecdotes.

Concevoir l’Amérique du Nord et l’Europe comme un seul ensemble à l’échelle mondiale permettrait d’équilibrer le nouvel ordre mondial complètement remanié qui est en train de s’établir. Avec par exemple une seule politique étrangère et de défense, une seule politique du commerce extérieur, un seul organe de régulation des marchés, une seule politique énergétique, une politique de gestion globale du territoire. Mais deux monnaies, permettant d’absorber et de manipuler les fluctuations mondiales de l’offre et de la demande. Bien que rationnalisé et adapté aux difficultés actuelles de la démocratie, le système gouvernemental resterait calqués sur les spécificités locales. Les politiques sociales et culturelles resteraient bien entendu gérées à un niveau comparable que celui actuellement en vigueur.

Tout est question d’équilibre.

Saint-Pancras, international.

Gare de Saint-Pancras, vieux batiment où un architecte victorien s’était laissé à libre cours, Saint-Pancras où j’ai faim et un peu plus chaud. Londres est sombre, et les quartiers où The Ripper sévissait n’ont pas trop changé. Qu’en sais-je? De photos. Les maisons s’accollent les unes aux autres, ternies du charbon et du smog humide si propre au XIXème. A vrai dire, ça ne m’étonnerait pas qu’une ombre de ce type fou qui a assassiné des prostituées au siècle passé reprenne du service. A nouveau. Que l’histoire se répète.

Je ne sais trop pourquoi Londres me fait penser à Paris. The River qui s’oppose à la Seine? Uniquement? Et ces music-hall? Et ces innombrables immeubles d’époques révolues qui frappent encore l’imagination, de façon plus forte qu’un livre -aussi bien écrit soit-il.

Entre Londres et le continent, un train. Eurostar entre Londres Saint-Pancras et Paris-Nord.

Et entre ces deux terminus, une manche d’eau. D’où sont passés des cavaliers, héros de jadis, affublés de ridicules vêtements métalliques. Deux nations.

Deux nations: La France! La Grande Bretagne!

Et ce douanier français, imposteur dans un territoire anglais jamais vaincu, ne m’a même pas adressé un mot. Il ne pouvait pas se rendre compte, par le métier qui fait son bonheur, que sa position derrière cette vitre de verre était assez inédite dans l’histoire. Entre batailles et grandes guerres. C’est la distance entre les gens et le temps qui provoque cela. On oublie le passé, on ne le connaît d’ailleurs presque pas. Pourtant, un petit bout d’histoire dans un cerveau, et les bâtiments parlent. C’est pour cela que j’ai fait un petit saut par la capitale britannique, détour peu évident entre Espagne et Belgique.

Le complexe formé par la station de métro King´s Cross et la gare Saint-Pancras est un lieu maudit. Un incendie, un attentat. Des dizaines de morts. Et King’s Cross est une station de métro qui ne ressemble pas à grand chose, au milieu de ruines industrielles… pas grand chose vous dis-je.

En fait si, la gare Saint-Pancras, elle, a repris des couleurs. La mode de notre époque: on mélange l’ancien avec le nouveau. Et King’s Cross, aussi moche qu’elle est, prétendra peut-être à la postérité quand les vents tourneront… Quand notre époque sera passée.

C’est d’ailleurs certainement un signe. Quand on réhabilite de l’ancien, c’est peut-être qu’on est dans du nouveau. Et la gare centrale à Bruxelles aurait-elle déjà pris le dessus sur les quartiers sacrifiés du Vieux Bruxelles?

Fluxible

Le coursier vient de livrer. Étrange époque: nous vivons en flux tendu, où donc ce que l’on demande est produit lors de la demande -ou très peu avant, par anticipation finement calculée. Quel stress!

Dans le même temps, nous devons être flexibles, s’adapter au monde grand devenu inmaitrisable.

Alors tout est tendu. Nous courons toujours à la dernière minute vers quelque chose que nous n’avions pas vraiment prévu, et tout le monde court à la poursuite de l’autre.