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Murmures de l’ombre

L’humeur meurtrière, le regard cristallin, des yeux fusillants. L’horreur est humaine. Et les différences entre les hommes sont assassines. On ne se comprend plus. On navigue à des étages n’ayant en commun qu’un mince plafond. Mon plafond reste ton plancher.

Je ne sais plus. Je regarde froidement, j’arme mon arbalette, je n’ose pas la charger. Fendre un arbre à cent mètres. Mais ça sert quoi?

Ça ne sert à rien. Mais l’on veut vivre. On vit. On respire. Et si ça nous suffit pas, on re-respire.
On se cherche de l’invincible, on se protège, on prépare le champ de bataille, mais nous ne signifions rien.

Mais nous ne sommes qu’un amas d’individus.

Eloge du froid

Qu’est-ce qu’on en connaît, du froid? De ces chanteurs qui émettent du fond de leur gorge un son caverneux, fait d’écho et de schiste sec. D’où l’on ne distingue de la pénombre que la terreur des abysses de la terre.

Guerre joyeux que cela. Que la musique fasse peur, dérange nos démons et détonne dans nos corps comme le canon dans un hiver polaire.

Alors que dansent les insouciants sous le soleil des tropiques, d’autres agissent dans un sous-sol imprenable, indomptable - les tréfonds de l’âme. Cette partie de l’autre indistinguable, celle qui parle sans les mots, les yeux qui fusillent en prononcant des mots d’amour.

Les êtres se meuvent par légèreté et par intérêt, par naïveté et par vice: guerre et paix.

Avant le grand saut

Allez, un petit soir d’hiver. Allumez les chandelles, ouvrez les lampes dehors. On se blottit derrière l’église, encerclés de la chaleur du jaune de l’éclairage urbain. Les lumières oranges. On s’enlace, on s’embrasse, on voit à peine les yeux en face des nôtres, pourtant si proches. La respiration comme un feu embrasant l’intérieur. Ca foisonne de sens, c’est érotique, on ne le sait pas encore.

La couleur des yeux se perd dans le jaune que la peau revêt. Elle absorbe la timide lumière publique, ne reflète que l’amour qu’elle consent donner. Lentement, doucement. C’est encore dans le visage que ça se passe, c’est la peau qui frissonne. Une joue contre l’autre, deux lèvres accolées. Bientôt, il y aura plus. Pour l’instant, d’effusion de sensualité, tout est dans le désir.