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La ligne Amérique Nord-Sud

Oui euh non, il ne s’agit pas de Coopération au développement. Plutôt d’un voyage qui se déroule à la fois aujourd’hui et à travers les temps.

L’Australien qui loge à l’étage du haut (du lit à l’auberge) fait ce parcours de l’impossible: Amérique du Nord > Amérique du Sud. Magellan n’a pas fait cet exploit, mais en avion, qui sait ce que le vieux barbu aurait pu… L’Australien a démarré de San Francisco, passe par Montréal, descend sur New York puis s’envole pour le Chili, le Brésil et l’Argentine.

Traverser l’Amérique d’un pôle à l’autre, une odyssée. En avion, somme toute, pourquoi pas. Mais le charme n’est-il pas rompu…? L’Amérique est un continent de découvreurs*. Résultat du dangereux mélange de rêve d’horizons de quelques illuminés et celui, plus pragmatique, de la géostratégie financière des Ibères.

Non! Survoler ce continent, c’est faire vite en besogne.

Traversons plutôt ce continent en paix avec l’histoire, les yeux grands ouverts et l’envie de connaître. C’est cela, découvrir. Comme un spéléologue dans l’inconnu: il sait l’histoire des roches, mais il avance lentement, prend le temps de vivre ce qu’il découvre, et continue en n’emportant avec lui que des notes. Parfois des croquis, des images.

La pointe Nord de l’odyssée serait assez logiquement le Détroit de Bering, ce haut lieu des jeux entre le climat et l’humanité. Quant à la pointe Sud, ce serait inévitablement le Cap Horn, cap maritime redoutable.

Détroit de Béring. Traversée de l’Alaska. Les Rocheuses. Midwest. Longer le Golfe du Mexique par l’Ouest. Descente en Amérique centrale. Panama. Ecuador. Guyane. Remontée de l’Amazone. Chili. Argentine. Cap Horn.

Vitus Béring était un danois qui commandait dans l’armée russe sous le nom d’Ivan Ivanovitch. En 1741, il réalisa pour le compte de la Russie la connexion avec l’Amérique par l’Est (le territoire découvert sera bientôt nommé Alaska). La Russie comptant exploiter ce nouveau passage -désormais appelé Détroit de Béring suite à la mort de l’explorateur, les Espagnols réagirent et firent monter leurs troupes (le reste de l’histoire a déjà été expliquée).

Le nom du Cap Horn ne provient pas de l’héritage funeste d’un grand navigateur aspiré par une vague scélérate (bien qu’il s’y en produise beaucoup à cet endroit). Il provient du nom de la ville de Hoorn aux Pays-Bas, d’où étaient issus un marin et un marchand qui furent chargé d’établir un monopole pour une compagnie hollandaise. Celle-ci cherchait en effet à établir une route alternative au Cap de Bonne Espérance dans la route mythique des Indes. Les deux vaillants trouvèrent cette pointe, et la nommèrent Kaap Hoorn.

Si les noms des limites de ce continent expliquent beaucoup, entre ces deux noms justement, il y a une autre histoire. D’hommes qui avaient la conscience passionnée de perdre leur vie à découvrir le monde, et d’hommes qui furent décimés afin d’optimiser les merveilles que ces découvertes apportaient aux puissances occidentales.

Les découvreurs ont-ils été victimes de leurs découvertes? Qu’en penserait Alfred Nobel, inventeur de la dynamite? Mais… ne caricaturons pas Nobel… Ce serait trop facile (et c’est une autre histoire qui aurait mérite à être développée).

En attendant, je dors.

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*L’utilisation du terme “découvreur” n’a rien de péjoratif, elle renvoie simplement à la période de l’histoire qui y correspond: Les Grandes Découvertes (et non celle qui la suit immédiatement: la Colonisation des Nouveaux Mondes)

L’Atlantisme. Le Nord.

Le monde se renverse, et pour la première fois de son histoire, la démocratie et sa supposée universalité sont mises en doute. La question n’est pas de savoir comment l’imposer, mais plutôt comment la préserver.

Elle trouve son origine moderne dans les peuples aux côtes de l’Atlantique: Europe continentale et Amérique du Nord. Ces deux régions, liées par l’Histoire, la culture, l’économie, la défense et la politique, sont en proie à des turbulences inédites. Le système capitaliste qu’elles ont imposé est en train de se retourner sur elles comme le Tiers-Etat s’est retourné sur Louis XVI. Grandes manoeuvres dans l’arrière-boutique des nations.

Pourquoi est-il si difficile que tous les peuples, tous les individus du monde, se tournent vers un système qui veut défendre la liberté individuelle? Répondre à la question, c’est peut-être tenter de trouver un modèle pour l’imposer. Et la question, d’ailleurs, a moins d’importance qu’elle n’y paraît.

La démocratie, et son pendant économique, le capitalisme, entraîne ses instigateurs dans une descente aux enfers dont on ne peut encore mesurer ni les proportions, ni la portée. C’est la chute de l’empire, et les gesticulations aux sonorités d’un râle.

Une gouvernance mondiale unique est un doux rêve. Impossible. Si un régulateur est souhaitable, un gouvernement mondial ne calmera jamais les besoins de domination d’une culture sur une autre, de la valse des puissances et des influences de certains groupes ou communautés sur des autres.

Un rapport de force équilibré, en revanche, permet d’absorber les vélleités de chacun. La planète compte six milliards d’habitants, mais à croissance démographique inégale, distribution future des populations inégale.

Chine, Inde, Asie du Sud-Est, Afrique, Amérique du Sud, Moyen-Orient, Russie. Sept ensembles cohérents tant par leur histoire propre que par leur position géopolitique actuelle. A leur côtés, on ajouterait à notre époque deux autres ensembles: Amérique du Nord et Europe.

Pourtant, les synergies entre ces deux ensembles sont criants. Démocraties de marché, philosophie, culture de la liberté individuelle, laïcité de l’État, conception de l’économie et de la finance. Il y a certes des différences fondamentales, notamment dans le rôle régulateur de l’État sur la liberté, mais elles font figure d’anecdotes.

Concevoir l’Amérique du Nord et l’Europe comme un seul ensemble à l’échelle mondiale permettrait d’équilibrer le nouvel ordre mondial complètement remanié qui est en train de s’établir. Avec par exemple une seule politique étrangère et de défense, une seule politique du commerce extérieur, un seul organe de régulation des marchés, une seule politique énergétique, une politique de gestion globale du territoire. Mais deux monnaies, permettant d’absorber et de manipuler les fluctuations mondiales de l’offre et de la demande. Bien que rationnalisé et adapté aux difficultés actuelles de la démocratie, le système gouvernemental resterait calqués sur les spécificités locales. Les politiques sociales et culturelles resteraient bien entendu gérées à un niveau comparable que celui actuellement en vigueur.

Tout est question d’équilibre.

Saint-Pancras, international.

Gare de Saint-Pancras, vieux batiment où un architecte victorien s’était laissé à libre cours, Saint-Pancras où j’ai faim et un peu plus chaud. Londres est sombre, et les quartiers où The Ripper sévissait n’ont pas trop changé. Qu’en sais-je? De photos. Les maisons s’accollent les unes aux autres, ternies du charbon et du smog humide si propre au XIXème. A vrai dire, ça ne m’étonnerait pas qu’une ombre de ce type fou qui a assassiné des prostituées au siècle passé reprenne du service. A nouveau. Que l’histoire se répète.

Je ne sais trop pourquoi Londres me fait penser à Paris. The River qui s’oppose à la Seine? Uniquement? Et ces music-hall? Et ces innombrables immeubles d’époques révolues qui frappent encore l’imagination, de façon plus forte qu’un livre -aussi bien écrit soit-il.

Entre Londres et le continent, un train. Eurostar entre Londres Saint-Pancras et Paris-Nord.

Et entre ces deux terminus, une manche d’eau. D’où sont passés des cavaliers, héros de jadis, affublés de ridicules vêtements métalliques. Deux nations.

Deux nations: La France! La Grande Bretagne!

Et ce douanier français, imposteur dans un territoire anglais jamais vaincu, ne m’a même pas adressé un mot. Il ne pouvait pas se rendre compte, par le métier qui fait son bonheur, que sa position derrière cette vitre de verre était assez inédite dans l’histoire. Entre batailles et grandes guerres. C’est la distance entre les gens et le temps qui provoque cela. On oublie le passé, on ne le connaît d’ailleurs presque pas. Pourtant, un petit bout d’histoire dans un cerveau, et les bâtiments parlent. C’est pour cela que j’ai fait un petit saut par la capitale britannique, détour peu évident entre Espagne et Belgique.

Le complexe formé par la station de métro King´s Cross et la gare Saint-Pancras est un lieu maudit. Un incendie, un attentat. Des dizaines de morts. Et King’s Cross est une station de métro qui ne ressemble pas à grand chose, au milieu de ruines industrielles… pas grand chose vous dis-je.

En fait si, la gare Saint-Pancras, elle, a repris des couleurs. La mode de notre époque: on mélange l’ancien avec le nouveau. Et King’s Cross, aussi moche qu’elle est, prétendra peut-être à la postérité quand les vents tourneront… Quand notre époque sera passée.

C’est d’ailleurs certainement un signe. Quand on réhabilite de l’ancien, c’est peut-être qu’on est dans du nouveau. Et la gare centrale à Bruxelles aurait-elle déjà pris le dessus sur les quartiers sacrifiés du Vieux Bruxelles?

Le 11 novembre, il y a 896 ans

Ce fût un jour exceptionnel. Il y a 896 ans, nous allions d’ailleurs déjà aborder le mois de novembre, car le calendrier était toujours julien. Eh oui! Jules César lui-même avait imposé ce calendrier en -54, ou du moins, son principe. Car n’étant pas un fervant admirateur du Christ, le comptage a rétroactivement débuté en 709 après la fondation de Rome. Le recalage a été exécuté en deux temps. La première fois, c’était par ce célèbre moine Denys le Petit, celui qui s’est planté de six ans dans la naissance de Jésus. Ainsi, en l’an 1236 après la fondation de Rome, les peuples européens se sont progressivement mis à avancer le temps dans le passé: ils se retrouvaient ainsi en 527, cette fois après Jésus-Christ. Rome n’était plus, il est vrai, l’Empire tant redouté (car il avait… disparu!). Le deuxième ajustement, qui nous permet de retomber sur notre comptage actuel des jours, c’est le mois d’octobre 1582, où l’Italie, le Portugal et l’Espagne passent du 4 octobre au 15 octobre… sans transition. La France suit les conseils pontificaux quelques semaines plus tard, et adopte le calendrier grégorien en décembre. Nous voici donc dans notre temps.

Tout ça pour dire que le 11 novembre, il y a 896 ans, ce n’est pas tout à fait il y a 896 ans. Mais des gens l’ont vécu! Oui, ils ne l’ont pas vécu avec Christophe Colomb, qui découvrait ce jour-là, en 1502, une île qu’il baptiserait Martinique en l’honneur du Saint-Martin enterré ce jour-là 1100 ans auparavant. Ils n’ont pas vécu non plus le bombardement de Séoul de 1866, ou l’entrée de Washington dans la fédération des États-Unis en 1889. Ni la capitulation des Allemands en 1918, et l’invasion, par les mêmes protagonistes, de la zone libre française en 1942. Ni, enfin, la mort en 2004 de Yasser Arafat, leader historique des Palestiniens.

Mais ils ont vécu un moment unique, qui rappelle que chaque jour qui passe est exceptionnel. Un moment qui s’est présenté une seule fois, et s’il se représente de manière similaire, ce sera dans 9000 ans. Ce jour-là, le calendrier affichait 11.11.1111. 11 novembre 1111. Et avant de voir le 11.11.11111, il coulera de l’eau sous le pont (à moins que le fleuve s’assèche ou se frigorifie). Cherchez, cherchez, vous ne trouverez rien de similaire. Ni le nombre de jours, ni le nombre de mois, ni la numérotation des années ne permettent semblable alignement!

Aujourd’hui, le 18.10.2007, rien de spécial. Un jour comme un autre. Mais tout est une question de calendrier.